17 mars 2026
Pourquoi n’y a-t-il pas d’ateliers sur la santé des femmes lors de ces assises 2026 ?
Parce que, nous, le groupe de travail Femmes, santé, travail, ne voulons plus perdre notre santé à préparer des ateliers sur la santé des femmes !
Le collectif des assises de la santé et de la sécurité des travailleureuses (ASST), est composé du groupe Organisation des Assises et de 4 groupes de travail (GT), dont le nôtre, le GT 1 : Femmes, santé, travail.
Certaines d’entre nous ont participé au groupe Orga et à d’autres groupes de travail.
Nous envisagions pour 2026, une réunion plénière pour ouvrir la question de la place de la santé des femmes dans nos collectifs militants et syndicaux, à partir de notre expérience au sein du collectif qui organise ces assises. Nous sommes trop éprouvées par les obstacles et les violences rencontrées par notre groupe de travail pour assurer cette plénière.
Une rétrospective s’impose pour expliquer ce choix.
Nous sommes fières du travail réalisé, lors des ateliers 2024 et 2025.
En 2024, le GT1 a organisé 4 Ateliers.
1 : Violences sexistes et sexuelles en milieu professionnel, syndical, associatif
2 : Cancers des femmes au travail en commun avec le GT3Santé au travail et environnement
3 : Santé invisibilisée, travail invisibilisé, salariées invisibles
4 : Travail invisibilisé, risques invisibilisés des femmes au travail, en commun avec le GT4Organisation du travail, souffrance au travail, enquêtes
En 2025, le GT1 a organisé 5 Ateliers
1 : Cancers des seins d’origine professionnelle : mise en visibilité.
2 : Cancer des seins d’origine professionnelle : des luttes positives et des stratégies à débattre (en commun avec le GT 3 « Santé au travail et environnement »)
3 : Santé des femmes au travail et prévention genrée des risques.
4 : Temps de travail, temps du travail et santé des femmes au travail (en commun avec le GT4 « Transformation et organisation du travail et santé »)
5 : Violences masculines contre les femmes, au travail et dans les organisations syndicales
Ces ateliers ont fait émerger des propositions d’actions, de revendications telles que :
- Soutenir les victimes, y compris financièrement, dénoncer, documenter et agir contre les violences sexistes et sexuelles contre les femmes et minorités de genre, dans les milieux professionnels, syndicaux et associatifs, par la prévention et les sanctions pour lever l’impunité
- Travailler avec le GT4 (Organisation du travail) sur le long cours, sur le temps de travail des femmes. Premiers contacts avec différents collectifs, dont « La Syndicale », et des chercheuses, partage du livre blanc issu d’un congrès de 1965 sur la diminution du temps de travail des femmes.
- Construire, en intersyndicale, des revendications et argumentaires autour d’un congé hormonal et menstruel ainsi que des revendications relatives à la prévention primaire en santé des femmes au travail
- Mobiliser les syndicats et associations pour exiger, non seulement la mise en œuvre de l’évaluation sexuée des risques (obligatoire depuis 2014) mais aussi des outils et méthodes qui garantissent une réelle prévention féministe des risques et non le purple washing habituel, et faire reconnaître, à travers des enquêtes de terrain, les risques et pénibilités des travailleuses et des métiers féminisés.
- Créer un groupe de travail permanent sur les cancers des seins : enquête sur les parcours professionnels des femmes victimes des cancers des seins, pour identifier des situations de travail susceptibles d’être à l’origine de leur cancer, œuvrer à leur reconnaissance, le cas échéant, comme maladie professionnelle.
- Organiser une lutte pour faire inscrire les cancers des seins et les cancers hormono-dépendants dans des tableaux de maladies professionnelles.
Mais à quel prix avons-nous réalisé ce travail ?
Au prix de notre propre santé, car l’organisation des assises est pétrie de patriarcat. Nous avons dû affronter de nombreux obstacles et faire face à des violences et stratégies de domination qui, bien qu’habituelles sont épuisantes : intimidation à ne pas parler de violences sexistes verbales, psychiatrisation publique de la situation de certaines d’entre nous, intimidations et isolement physique de certaines d’entre nous, accusations mensongères envers certaines d’entre nous individuellement puis envers le GT1 complet, agissements sexistes, sexisme d’ambiance, mecsplications régulières, non réponses et mépris pour les questions liées à la démocratie et à la perspective féministe dans la gouvernance de l’organisation des assises, soutiens constants et publics, silencieux ou décomplexés, par leurs proches, aux mis en cause, etc.
Quelques exemples d’évènements dont certains ont laissé des traces traumatiques sur les membres du GT1
Premier constat, le GT Femmes, santé, travail est, non pas par choix mais par absence des hommes, le seul GT en non mixité contrainte. Hormis pour venir prendre la parole en public ou pour décider des interventions en plénière sur la santé des femmes sans consultation du GT1, les hommes sont absents du GT Femmes, santé, travail et ne sont pas venus aux réunions. La santé des femmes n’intéresse-t-elle pas les hommes ?
Avant les assises 2024, le GT1 a reçu une alerte de l’AVFT, l’association contre les violences faites aux femmes au travail. Le boulot qu’elles ont commencé sur le guide avec la CGT devait être présenté non par elles, mais par un militant CGT et l’ex-directrice de l’AVFT avec lesquel.les elles ont de profonds désaccords, allant jusqu’au conflit social. Le GT1 a demandé et obtenu qu’elles aient un droit de parole lors des assises 2024 pour présenter le contexte et leur contribution à ce travail. Vous pouvez retrouver la vidéo de leur intervention ici : https://link.infini.fr/avft2024
En février 2026, le guide a été publié par la CGT 76, sans aucune mention de l’AVFT.
Aux assises 2024, suite à un témoignage dans un atelier, une militante de notre GT1 a été violemment prise à partie. Elle n’a pas eu de soutien de la part des organisateurs.
Le GT1 a demandé une enquête sur ces évènements ainsi que sur d’autres, survenus plus tard. Le groupe Orga a répondu qu’aucune enquête ne pouvait être faite, étant donné que l’organisation des assises n’était pas une structure officielle.
Lors d’une réunion, un militant a déclaré publiquement qu’une membre du GT1 avait des problèmes psychiatriques, propos habituels contre les femmes qui se rebellent et demandent justice. Malgré des protestations de deux femmes du GT1 contre ces propos en pleine réunion, la parole a été redonnée au militant par l’animateur habituel des réunions, et le militant a insisté en justifiant ce qu’il venait de dire. Un autre, sans cibler nommément, a utilisé les termes « les hystériques » et « les paranoïaques » lors des échanges qui ont suivis.
Pas de réaction du groupe Orga sur ces évènements.
Fin 2024, le GT1 a demandé au groupe Orga à ce que l’ensemble des ateliers adopte une approche genrée des sujets débattus (annoncer s’il y a ou pas des données genrées sur le sujet et les utiliser lorsqu’elles existent), et que l’ensemble des communications écrites et orales utilisent un langage égalitaire.
Sans que rien ne se passe.
Les quelques intervenant·es que nous avons contacté·es n’ont pas eu cette consigne.
L’un des militants, mis en cause pour ses propos et certains agissements a fait part à la liste de discussion qu’il se sentait injustement visé.
Il a reçu des courriels de soutiens masculins sur les listes de discussion du groupe Orga et de certains GT, soutiens qui soulignaient son « engagement féministe ».
Et un groupe « restreint » auto-proclamé de l’Orga des assises a trouvé le moyen de se réunir dès le lendemain suite à ce courriel de plainte d’un homme et a décidé, le jour même de cette réunion en « groupe restreint », de faire une enquête, enquête qui jusque-là était inenvisageable.
Le GT1 a interpellé le groupe Orga, pour savoir comment la décision d’enquête avait été prise, par qui, ses modalités, et ses objectifs car l’absence de décision démocratique au sein du groupe habituel d’Orga des assises, et la constitution de sous-groupes restreints qui prennent des décisions quand un homme se plaint mais pas quand les femmes dénoncent des violences ne sont pas acceptables dans un système démocratique.
Pas de réponse collective du groupe Orga, mais des réponses éparses et contradictoires sur les motifs de l’enquête, et ses objectifs.
Lors de l’enquête, un des enquêteurs a employé plusieurs fois le mot « hystérique ». Quels objectifs sert l’usage du terme hystérique, à plus forte raison dans le contexte d’une enquête où les femmes dénoncent des faits de domination, d’intimidation verbale et physique, d’isolement physique par des hommes, de violences verbales, de soutien aux mis en causes ?
Au bout de quelques mois, le GT1 a demandé où en était l’enquête, qui en était destinataire. Les prochaines assises approchaient.
Sans que rien ne se passe.
L’une d’entre nous a envoyé des articles sur une approche féministe du travail et de la santé. L’un des militants du groupe Orga a répondu : « C’est de la merde ces docs ». Quand l’émettrice a protesté, un organisateur lui a répondu que l’imminence des assises ne permettait pas qu’on s’attarde sur ces faits et le militant a reçu un soutien masculin soulignant son implication dans la lutte féministe.
Certaines militantes ont quitté des réunions visio, parfois en pleurs.
Sans que rien ne se passe.
Les membres du GT1 se sont interrogées sur la place de la santé des femmes dans les assises et se sont maintes fois posé la question : « Qu’est-ce qu’on fait dans cette galère ? Pouvons-nous œuvrer pour la santé des femmes dans un contexte aussi délétère pour la nôtre ? ». Plusieurs femmes du GT1 très investies sur la question de la santé des femmes, ont jeté l’éponge et se sont retirées de l’organisation des assises, trop éprouvées pour poursuivre dans ce contexte.
Sans que rien ne se passe. À aucun moment le groupe Orga des Assises ne s’est préoccupé de savoir pourquoi tant d’abandons.
Nous avons cependant organisé des ateliers en 2025 et notamment un sur les « Violences masculines contre les femmes dans les OS et au travail », où les intervenantes ont souligné le nombre important de militantes qui ont abandonné le militantisme syndical et associatif faute de protection contre les violences masculines et patriarcales.
Aux assises 2025, le groupe Orga des assises a mis en place un Service d’Ordre et lu une charte sur le respect et la tolérance 0 pour les violences.
Certaines membres du GT1 ont été prises à partie par le SO en public, en pleine salle, pour savoir ce qu’elles comptaient faire par rapport à la présence, comme si de rien n’était, d’un mis en cause à l’atelier « Violences masculines contre les femmes ». Une réunion a été convoquée d’urgence, avec des membres organisateurs et le SO. Le GT1 y a appris que le rapport d’enquête avait été envoyé au coordinateur (officieux) des assises, sans suite connue. Décision collective a été prise avec le SO que l’atelier se déroulerait soit en l’absence du mis en cause, soit en mixité choisie, c’est à dire sans homme cisgenre.
Le lendemain, le rapport d’enquête a été envoyé aux 25 personnes de la liste de discussion du groupe Orga des Assises.
Dès qu’un homme militant se plaint, réaction immédiate dans un « groupe restreint » du groupe Orga ! Quand les femmes dénoncent des faits, y compris publics, leur demande d’enquête, de protection et donc de sanctions tombe aux oubliettes !
Le GT1 a dénoncé au groupe Orga l’absence de confidentialité de l’enquête, la déformation de certains propos, l’omission de faits pourtant dénoncés par plusieurs d’entre nous et sa partialité (un enquêteur commence les entretiens en mecspliquant qu’il ne s’agira pas de sanctionner, sans même connaître les faits qui seront dénoncés dans les entretiens). Et le GT1 a demandé un droit de réponse ou une enquête contradictoire.
Sans que rien ne se passe.
En mai 2025, le GT1 a envoyé un courriel au groupe Orga, motivant son absence à la prochaine réunion d’organisation, par ce que ses membres vivent au sein du groupe Orga des assises (sexisme ciblé et d’ambiance, violence secondaire des non-réponses, soutien aux mis en cause, silences complices), et par la nécessité de préserver sa santé.
En juin 2025, le groupe Orga a écrit dans un compte-rendu, qu’il a l’intention d’envoyer 4 émissaires discuter avec le GT1, pour « aborder de front tous les désaccords » mais … l’invitation ne sera envoyée qu’à la mi-novembre, proposant la rencontre seulement à 2 des membres du GT1, reportant ainsi le conflit sur 2 femmes du groupe. La proposition de rencontre n’a ensuite été adressée au GT1 complet que mi-décembre, avec comme objet d’avoir un état des lieux des ateliers prévus par le GT1.
Ce qui a été fait à l’une d’entre nous, c’est à nous toutes que ça a été fait et que cela continuera d’être fait tant que l’impunité perdurera ! L’impunité et les soutiens silencieux ou décomplexés doivent cesser au sein de nos organisations et associations.
En absence de sanctions des événements passés, et de mesures de prévention primaires pour l’avenir, nous ne pouvons pas continuer à nous exposer au sexisme, à la misogynie d’ambiance ou ciblée, ou aux violences, car c’est l’impunité et le soutien aux agresseurs qui fait leur force.
Nos perspectives : continuer à mobiliser pour la santé des femmes au travail, dans une perspective féministe et un cadre sécurisant.
Néanmoins, la santé des femmes, qui se dégrade au travail comme dans le quotidien, a besoin d’avancées radicales, au sein de nos organisations et associations.
Aussi, notre groupe continuera à se mobiliser et à travailler, avec ou sans le soutien des parties prenantes des assises actuelles, avec, nous l’espérons, votre soutien pour organiser des Assises féministes de la santé au travail.
Vous pouvez contacter le Groupe de travail Femmes, santé, travail à l’adresse suivante :
contact.gt1.assises-sst@ouvaton.org